Mon fils a 7 ans et il m’a demandé un jour ce que je faisais au travail. J’ai dit : une ESN, une entreprise de services du numérique (on disait SSII autrefois), c’est une entreprise qui aide d’autres entreprises à réussir leurs projets informatiques. Parfois, une entreprise a une idée, un projet, une ambition, mais il lui manque les bonnes personnes pour y arriver. Alors une ESN trouve des experts pour l’aider. Un expert technique pour construire. Un chef de projet pour organiser. Un consultant pour structurer. Une ESN, c’est un peu une équipe de renfort : quand le projet devient important, on appelle des personnes expérimentées.
Il a trouvé ça très bien. Et il a raison : c’est un beau métier. Ce que je ne lui ai pas dit, c’est à quel point la version pour adultes s’est éloignée de cette définition.
ESN, SSII : la définition, et la version pour adultes
Le sigle est joli, entreprise de services du numérique, mais le modèle dominant a un problème de fond : il traite les personnes comme des ressources. Des consultants positionnés sans réel matching, sur la base d’un CV et d’une disponibilité. Des missions sans accompagnement, où l’ESN disparaît après la signature. Des marges invisibles pour celui qui les génère. Et au bout du compte, des consultants qui s’essoufflent, des équipes qui se déséquilibrent, des projets qui ralentissent.
Les chiffres du secteur le disent à leur manière. Selon Numeum, le turnover des entreprises du numérique a atteint 22 % en 2023 avant de retomber à 16 % en 2024, un niveau qualifié d’historiquement bas et attribué à la prudence des salariés dans une conjoncture incertaine. Même dans une année où l’on reste par précaution, un salarié sur six est parti. Ce n’est pas le signe d’un métier qui va bien.
Pourquoi nous avons quitté des situations confortables
Quand nous avons lancé Voxalia, il y a un an et demi, on nous a dit que ce n’était pas le moment. Le marché est compliqué. La conjoncture est incertaine. Vous quittez des situations confortables. C’est risqué. Ils n’avaient pas tort. Nous avons quitté de belles situations, des postes confortables, une stabilité. Cédric après vingt ans à concevoir et livrer des projets complexes dans de grands cabinets, moi après vingt ans de conseil et d’ingénierie digitale auprès des grands comptes.
Mais ce n’est pas l’argent qui nous animait. C’est l’envie de transformer une industrie que nous connaissons de l’intérieur, parce que nous voyions les mêmes problèmes revenir partout : des consultants mal positionnés, des projets mal accompagnés, des décisions prises trop tard. Créer une ESN n’a jamais été l’objectif. Remettre l’humain au cœur du modèle, oui.
Ce que nous avons construit autrement
Nous n’avons pas voulu une ESN de plus, ni un modèle classique avec un discours plus chaleureux. Nous avons construit une structure centrée sur quatre choses, et je les liste dans l’ordre où elles comptent.
L’humain d’abord : comprendre les attentes, les contraintes et les motivations de chaque consultant avant de lui proposer une mission. Un consultant qui se sent bien s’implique différemment, et les clients le ressentent.
Le matching ensuite : pas seulement technique, aussi humain. Le contexte du projet, l’équilibre de l’équipe existante, le niveau d’autonomie attendu comptent autant que la liste des technologies.
Le delivery : suivre ce qui est livré pendant la mission, anticiper les dérives, garantir la continuité. Le placement est facile ; c’est le delivery qui est difficile, et c’est lui que nous assumons.
La confiance, enfin, et c’est là que la transparence intervient. Chaque consultant voit la ligne complète de sa mission : le tarif facturé, le coût de son poste, la marge, la part qui lui revient. Sans cette transparence, les trois premiers points ne sont que des intentions. Avec elle, ils deviennent vérifiables.
Ce que nous voyons après un an et demi
Dès le début, certains comptes nous ont fait confiance. Des clients qui ont compris notre approche, et des consultants qui ont accepté de parier sur une structure jeune. Les grands comptes du retail et de la banque de la région avec lesquels nous travaillons ne nous ont pas choisis pour notre taille. Ils nous ont choisis parce que nous répondions à une question précise avec une seule personne, la bonne, et que nous restions présents ensuite.
Nous avons aussi été accueillis dans l’écosystème régional plus tôt que nous ne l’imaginions, en rejoignant l’AD2N, l’association qui fédère les entreprises du numérique des Hauts-de-France. Pour une structure de moins de deux ans, c’est une reconnaissance de la façon dont nous travaillons, pas de nos chiffres.
Et nous avons appris. Que la transparence des marges provoque des conversations difficiles, et qu’elles valent la peine. Que dire non à une consultation mal cadrée coûte du chiffre d’affaires à court terme et en rapporte à long terme. Que la confiance se construit dans les moments où l’on annonce une mauvaise nouvelle, pas dans ceux où tout va bien.
Avec Cédric, on ne parle pas de ressources. On parle de personnes. Une ESN ne doit pas seulement trouver des profils. Elle doit créer les bonnes équipes.
Julien Rondel-Caulier, Directeur Associé
Ce que je dirai à mon fils dans dix ans
J’espère pouvoir lui dire que la version pour adultes a rejoint la version pour enfants. Qu’une ESN, c’est redevenu une équipe de renfort dont les membres savent ce qu’ils valent, choisissent leurs projets en connaissance de cause et sont accompagnés par des gens qui connaissent leur métier. Que le mot « ressource » a disparu du vocabulaire. Et que ce n’était pas si compliqué : il suffisait de parler vrai et de partager la valeur avec ceux qui la créent.
Nous n’y sommes pas encore. Mais c’est exactement pour cela que nous nous levons le matin. Si vous voulez voir ce que cela donne de l’intérieur, la page Rejoindre et la page Nous sont faites pour ça.
Questions fréquentes
Quelle différence entre ESN et SSII ?
Aucune sur le fond : SSII (société de services en ingénierie informatique) est l’ancien nom, remplacé par ESN (entreprise de services du numérique) en 2013 à l’initiative du syndicat professionnel du secteur. Le métier est le même : mettre des expertises au service des projets d’autres entreprises.
Que fait un consultant en ESN ?
Il travaille chez un client, souvent en mission longue, sur un projet précis : développement, data, infrastructure, qualité, pilotage. Il reste salarié de l’ESN, qui doit l’accompagner, le former et préparer la mission suivante.
Comment reconnaître une bonne ESN ?
À ce qu’elle accepte de montrer : le tarif facturé et la part qui revient au consultant, la façon dont elle choisit une personne pour un projet, et ce qu’elle fait pendant la mission. Une ESN qui parle de ressources plutôt que de personnes a déjà répondu.
Sources
- Numeum, Emploi et rémunérations dans le numérique : les grandes tendances 2024 (turnover de 16 % en 2024 contre 22 % en 2023).
- Julien Rondel-Caulier, publications LinkedIn « C’est quoi une ESN ? », « 1 an et demi. Et beaucoup de doutes » et « Créer une ESN n’a jamais été l’objectif ».
- AD2N, présentation de l’association.