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Budget DSI 2027 : la première ligne coupée est rarement la bonne

Les budgets informatiques 2027 se construisent sous une contrainte nouvelle : les licences logicielles et le cloud augmentent sans qu'aucune décision n'ait été prise. Pour compenser, une DSI sur deux coupe ailleurs, et d'abord dans les prestations. C'est la coupe la plus facile, et souvent celle qui finance l'inflation des éditeurs avec la capacité qui aurait permis de la réduire.

Budget DSI 2027, arbitrages entre licences, cloud et prestations informatiques

Le budget DSI 2027 se construit sous une contrainte que la plupart des directions générales n’ont pas encore mesurée : la dépense en logiciels et en cloud augmente d’environ 9 % par an sans qu’aucune décision n’ait été prise, et le Cigref anticipe une hausse de 12 % par an jusqu’en 2030. Pour tenir une enveloppe stable, une organisation sur deux compense en coupant d’autres dépenses informatiques, et d’abord les prestations. C’est la coupe la plus facile à faire, et souvent la plus coûteuse : elle supprime la capacité qui aurait permis de réduire les licences, le gaspillage cloud et la dette technique.

Je sais d’où j’écris. Voxalia vend des prestations, et un article qui conclut qu’il ne faut pas couper les prestations mérite d’être lu avec méfiance. Je vais donc faire l’inverse de ce qu’on attend : dire aussi quand une prestation doit être coupée, et appuyer tout le reste sur des chiffres que vous pourrez vérifier.

Un budget DSI 2027 sous double pression

Vu de loin, le marché se porte bien. Selon Gartner, dans sa prévision publiée le 27 juillet 2026, la dépense informatique mondiale devrait atteindre 6 370 milliards de dollars en 2026, en hausse de 14,2 %. Mais la croissance est très inégalement répartie : les centres de données progressent de 62,5 %, portés par l’IA, et les logiciels de 15,5 %. Gartner résume lui-même la situation d’une formule : la marée montante ne soulève pas tous les bateaux. Il cite comme facteurs de tension l’inflation, les pénuries, la hausse du coût du matériel et de la mémoire, et le financement des initiatives d’IA. Au moment où j’écris ces lignes, sa prévision mondiale pour 2027 n’est pas encore publiée.

Vu de France, la croissance est faible et elle va ailleurs que dans les services. Selon l’observatoire de Numeum réalisé avec Xerfi et relayé le 9 juillet 2026, le marché du numérique devrait croître de 3 % en 2026. Les éditeurs progressent de 6,2 %, le logiciel en mode SaaS de 8,3 % et le cloud de 12,2 %, quand les entreprises de services numériques plafonnent à 1 %, après un recul de 1,8 % en 2025 selon les chiffres publiés par Numeum en décembre 2025. L’argent des DSI continue d’augmenter, mais il se déplace vers les éditeurs.

Les priorités, elles, sont fixées. Le même observatoire indique que 92 % des DSI placent la cybersécurité parmi leurs priorités, 84 % la conformité réglementaire et 71 % l’IA. Ce sont trois postes de dépense contraints, que personne ne coupera, et qui s’ajoutent aux engagements existants. Toujours selon Numeum, 39 % des DSI disent que la géopolitique a pesé sur leurs investissements, et parmi eux 57 % ont décalé des projets.

Le baromètre budgétaire 2027 d’Abraxio, publié le 23 juillet 2026, donne la tonalité de la saison qui s’ouvre. Près des trois quarts des DSI interrogés anticipent un budget stable ou en hausse, mais l’optimisme recule pour la troisième année consécutive, et la pression budgétaire devient leur première difficulté, citée par 43 % d’entre eux. Traduction : la plupart des DSI auront à peu près le même budget qu’en 2026, pour financer davantage de choses, dont une partie augmente d’elle-même.

La ligne qui grossit sans décision

Le phénomène le plus important de cette saison budgétaire n’est pas un projet. C’est une ligne qui augmente sans qu’aucun comité ne l’ait décidé.

Selon une étude publiée par le Cigref avec le cabinet Asterès le 29 mai 2026, auprès d’un panel de 54 DSI européens, les prix du cloud et des logiciels ont augmenté de 8,7 % par an en moyenne sur les trois dernières années, et les DSI anticipent une hausse de 12 % par an jusqu’en 2030. L’étude chiffre le surcoût à 140 milliards d’euros par an pour les organisations européennes. Les leviers que les fournisseurs utilisent pour justifier ces hausses sont révélateurs : la dépendance du client à son fournisseur est citée par 40 % des DSI, l’intégration d’office de fonctions d’IA par 32 %, l’obsolescence programmée par 30 %. Et 93 % des DSI jugent ces hausses injustifiées.

Un responsable du Cigref résumait l’effet en septembre 2025 : à 15 % par an, les coûts logiciels doublent en huit ans. Une DSI dont le budget global est stable et dont les licences doublent en huit ans voit donc fondre, mécaniquement, tout le reste.

Le détail le plus utile de l’étude concerne la réaction des entreprises. La moitié des organisations interrogées compensent la hausse en coupant d’autres dépenses informatiques, en priorité les entreprises de services locales, le recrutement, la recherche et développement et l’investissement. Un tiers seulement augmentent leur budget. Autrement dit, la hausse des licences est payée, pour une large part, par la capacité humaine.

Pourquoi la coupe tombe d’abord sur la prestation

Ce choix n’a rien d’irrationnel, et il faut le comprendre avant de le contester.

Un budget de DSI se répartit, selon un ordre de grandeur cité par Forrester France en septembre 2025, autour de 35 % de salaires internes, 25 % de prestations externes et 23 % de logiciels. Sur ces trois postes, un seul se coupe vite. Les salaires internes supposent des départs, donc du temps et un coût social. Les logiciels sont engagés par des contrats pluriannuels, et leur renégociation se heurte à un fournisseur en position de force. Les prestations, elles, se réduisent par un préavis : une régie non renouvelée au 1er janvier libère son budget le 1er janvier.

C’est la ligne la plus liquide du budget, donc la première qu’on ajuste. Le baromètre Abraxio de 2025 le disait autrement : le fonctionnement courant et les ressources humaines internes sont protégés, les projets et l’innovation sont exposés.

Le problème est que cette ligne liquide finance, pour une part importante, les projets qui réduiraient les autres. Une migration cloud qui permet de sortir d’une licence, un chantier FinOps qui réduit la facture cloud, un remboursement de dette technique qui baisse le coût de maintenance : ces projets sont presque toujours portés par des compétences externes, parce qu’ils sont ponctuels et qu’aucune DSI ne garde en permanence les profils nécessaires. Couper la prestation, c’est souvent renoncer à l’économie de l’année suivante pour tenir le budget de l’année en cours.

Le résultat est un cercle que le Cigref décrit sans le nommer : la hausse des licences réduit la capacité de projet, la baisse de capacité empêche de réduire la dépendance aux éditeurs, la dépendance permet aux éditeurs d’augmenter leurs prix.

Ce qu’il faut couper avant les personnes

Il existe, dans presque tous les budgets, des lignes qui coûtent sans rien produire. Elles sont moins visibles que les prestations parce qu’elles ne portent pas de nom de personne.

Le gaspillage cloud. Selon le rapport 2026 de Flexera sur l’état du cloud, publié le 18 mars 2026 auprès de 753 décideurs, la part estimée du gaspillage dans les dépenses d’infrastructure et de plateforme cloud atteint 29 %, en hausse pour la première fois depuis cinq ans, à cause des charges de travail d’IA dont le coût est difficile à prévoir. Nous expliquions dans notre article sur le FinOps pourquoi une facture cloud grossit sans nouveau projet. Un quart de la facture qui ne sert à rien est un meilleur gisement que n’importe quelle régie.

Les licences inutilisées. Selon l’index 2026 de Zylo, éditeur de solutions de gestion du SaaS, 54 % seulement des licences SaaS achetées sont effectivement utilisées. L’étude porte surtout sur des entreprises américaines et son auteur vend la solution, il faut donc la lire comme un signal. Le signal est fort : une licence sur deux mérite d’être vérifiée avant le renouvellement.

La dette technique qui coûte en maintenance. Selon l’enquête technologique 2026 de KPMG aux États-Unis, publiée le 22 janvier 2026 auprès de 648 dirigeants, 56 % déclarent que le coût de leur dette technique les empêche d’investir dans de nouveaux programmes. Nous avons écrit comment chiffrer la dette technique pour obtenir son financement. Elle se rembourse rarement en coupant les équipes qui la connaissent.

Les régies sans pilotage. C’est ici que je dois être honnête sur mon propre métier. Une prestation en régie qui dure depuis trois ans sans objectif écrit, sans indicateur et sans arbitrage n’est plus une capacité, c’est une rente. Elle mérite d’être coupée, ou au moins requalifiée. Nous l’écrivions à propos de la manière de piloter une prestation en régie : une régie mal pilotée produit de la présence, pas des résultats.

L’IA, ligne de dépense et argument de coupe

L’IA occupe dans les budgets 2027 une place paradoxale : elle est à la fois une dépense nouvelle et l’argument le plus souvent avancé pour en réduire d’autres.

Comme dépense, elle arrive souvent sans avoir été demandée. Selon l’étude du Cigref et d’Asterès, 32 % des DSI citent l’intégration d’office de fonctions d’IA parmi les leviers de hausse de prix de leurs fournisseurs, et 21 % disposent d’une IA intégrée nativement à un logiciel avec un surcoût obligatoire. Une partie de la hausse des licences n’est donc pas de l’inflation au sens strict, c’est une fonctionnalité facturée que l’entreprise n’a pas choisie.

Comme argument, elle sert à justifier la réduction des prestations : si l’IA rend les développeurs plus productifs, il faudrait moins de journées. Le raisonnement n’est pas absurde. L’observatoire Numeum et Xerfi indique que les entreprises de services numériques anticipent des gains de productivité liés à l’IA passant de 15 % en 2025 à 22,3 % en 2027. Ces gains finiront dans les prix, et c’est normal qu’un acheteur les réclame.

Mais le même Cigref rapporte que 23 % seulement des DSI mesurent un gain de productivité grâce à l’IA. L’écart entre le gain attendu et le gain mesuré est l’endroit exact où se loge l’erreur budgétaire : couper une équipe au nom d’un gain qui n’est pas encore mesuré revient à parier le budget de l’année sur une hypothèse. La bonne méthode consiste à mesurer d’abord, sur un périmètre, puis à répercuter dans le contrat. Un prestataire qui refuse de partager un gain mesuré a tort. Un acheteur qui l’exige avant de l’avoir mesuré aussi.

Quatre questions pour chaque ligne du budget

Pour arbitrer sans se tromper, il faut sortir du réflexe qui consiste à couper ce qui se coupe vite. Quatre questions, posées à chaque ligne, suffisent à distinguer une économie d’un report de coût.

  1. Cette dépense est-elle choisie ou subie ? Une dépense subie, comme une hausse de licence, se traite par la négociation, la mise en concurrence ou la sortie. Une dépense choisie se traite par la décision de la faire ou non.
  2. Que coûte-t-il de ne pas la faire, et quand ? La qualité logicielle est la première ligne coupée, et c’est la seule qui rapporte : son coût est immédiat, celui de son absence arrive six mois plus tard.
  3. Qui détient la connaissance ? Une prestation qui porte seule la connaissance d’un système critique ne se coupe pas au 1er janvier sans plan de transfert. Sinon, l’économie se transforme en incident.
  4. La coupe est-elle réversible ? Réduire une régie est réversible en quelques semaines. Laisser une licence se renouveler pour trois ans ne l’est pas.
LigneRéflexe de coupeCoût cachéAlternative
Prestations de projetNon-renouvellement au 1er janvierProjets de réduction des coûts abandonnésGarder les projets qui réduisent le fonctionnement, couper ceux qui n’ont pas d’objectif
Licences logiciellesAucun, renouvellement taciteHausse de 8,7 % par an selon le CigrefInventaire des usages avant chaque échéance
CloudAucun, facture à l’usage29 % de gaspillage estimé selon FlexeraChantier FinOps court, avec objectif chiffré
Qualité et testsRéduction du périmètre testéIncidents et retravail six mois plus tardPrioriser les tests par risque, pas par volume
Régies sans objectifRarement coupées, par habitudeRente sans résultatRequalifier avec objectif, indicateur et échéance

Ce que nous en tirons

Notre position est simple, et elle n’est pas neutre : une coupe budgétaire dans les prestations est légitime quand elle porte sur une prestation qui ne produit rien de mesurable, et contre-productive quand elle porte sur celle qui réduit les autres dépenses. Le critère n’est pas le statut de la personne, interne ou externe, ni même son prix. C’est ce que sa présence permet d’économiser ailleurs, et dans quel délai.

Nous ne prétendons pas que toutes les prestations se valent, ni que les nôtres échappent à la règle. Une de nos régies qui ne produirait plus rien de mesurable devrait être coupée comme les autres, et nous préférons qu’un client nous le dise en octobre plutôt qu’il ne la laisse filer jusqu’à l’échéance. Un arbitrage budgétaire honnête protège aussi le prestataire : il l’oblige à démontrer ce qu’il apporte, au lieu de compter sur l’inertie du renouvellement.

C’est aussi pour cette raison que nous publions la composition de nos tarifs. Un acheteur qui sait ce que contient un prix peut arbitrer sur la valeur plutôt que sur le montant, et décider, par exemple, qu’un consultant senior coûte plus cher à la journée et moins cher au projet. Un acheteur qui ne le sait pas coupera la ligne la plus visible.

La limite de ce raisonnement est connue : il demande du temps, et la saison budgétaire en laisse peu. Une DSI qui doit rendre une copie en novembre ne fera pas un inventaire complet de ses licences et de sa facture cloud d’ici là. Elle peut en revanche décider de ne renouveler aucune licence sans inventaire d’usage, de lancer un chantier de réduction cloud au premier trimestre, et de ne couper une prestation qu’après avoir répondu aux quatre questions. Ce sont trois décisions qui ne coûtent rien à prendre en octobre. Si vous voulez en parler sur un cas concret, notre page pilotage de projet dit comment nous travaillons.

Questions fréquentes

Comment évoluent les budgets informatiques des DSI pour 2027 ?

Selon le baromètre budgétaire 2027 d’Abraxio, publié le 23 juillet 2026, près des trois quarts des DSI anticipent un budget stable ou en hausse, mais l’optimisme recule pour la troisième année consécutive et la pression budgétaire devient leur première difficulté, citée par 43 % d’entre eux. Dans le même temps, selon le Cigref, les prix du cloud et des logiciels augmentent de 8,7 % par an en moyenne et pourraient progresser de 12 % par an jusqu’en 2030. Un budget stable signifie donc, en pratique, une capacité de projet en baisse.

Pourquoi les DSI coupent-elles d’abord dans les prestations ?

Parce que c’est la ligne la plus rapide à ajuster. Les salaires internes supposent des départs, les licences sont engagées par des contrats pluriannuels, alors qu’une prestation se réduit par un simple préavis. Selon l’étude du Cigref et d’Asterès de mai 2026, la moitié des organisations compensent la hausse des licences en coupant d’autres dépenses informatiques, en priorité les entreprises de services locales, le recrutement et la recherche. Le risque est de supprimer la capacité qui porte les projets de réduction des coûts, comme les migrations, le FinOps ou le remboursement de la dette technique.

Où trouver des économies dans un budget informatique sans couper les équipes ?

Les gisements les plus importants sont souvent invisibles. Selon le rapport 2026 de Flexera, 29 % des dépenses d’infrastructure et de plateforme cloud sont estimées gaspillées. Selon l’index 2026 de Zylo, éditeur de solutions de gestion du SaaS, 54 % seulement des licences SaaS achetées sont utilisées. Un inventaire d’usage avant chaque renouvellement de licence et un chantier FinOps court, avec un objectif chiffré, produisent généralement plus d’économies, et plus vite, que le non-renouvellement d’une prestation.

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