Une certification agile est-elle encore utile en 2026 ? Oui, comme filtre d’entrée chez les acheteurs qui l’exigent dans leur grille, qu’il s’agisse d’un Scrum Master, d’un Product Owner ou d’un référentiel à l’échelle. Non, comme métier. Le marché français ne recrute plus des animateurs de rituels, il recrute des gens capables de tenir seuls une chaîne complète, du chiffrage à l’arbitrage, et les chiffres de l’Apec expliquent pourquoi.
Nous écrivons cet article pour les consultants, pas pour les acheteurs. Il contient donc ce que nous disons en entretien, y compris quand cela ne nous arrange pas.
Le marché français, en chiffres
Selon l’Apec, dans ses prévisions publiées le 2 avril 2026, les recrutements de cadres ont reculé de 3 % en 2025 et de 11 % sur deux ans. L’informatique est l’une des fonctions les plus touchées, avec un recul de 21 % par rapport à 2023. Le rebond attendu pour 2026, à 305 800 recrutements et 4 % de hausse, ne ramène pas au niveau de 2023.
Le chiffre qui compte pour un profil en début de parcours est ailleurs. Les recrutements de cadres de moins de six ans d’expérience ont reculé de 5 % en 2025 et de 13 % depuis 2023, et l’Apec n’en prévoit que 1 % de hausse en 2026. Autrement dit, le marché redémarre pour les profils immédiatement opérationnels et reste fermé pour les autres. Une formation de deux jours ne rend personne immédiatement opérationnel, et les acheteurs le savent.
Sur le métier lui-même, l’étude de février 2026 sur les métiers porteurs compte 5 270 offres de chef de projet informatique en 2025, en baisse de 23 % sur un an. À titre de comparaison, les offres de data engineer progressent de 10 %. Ce n’est pas le pilotage qui disparaît, c’est le pilotage sans autre compétence.
Le titre n’est plus le métier
Une tribune publiée par le Journal du Net le 18 février 2026 nomme le problème de fond : une crise d’incarnation des rôles, où les intitulés se multiplient pendant que les responsabilités restent floues, et un framework qui n’est plus considéré comme la réponse. Un intitulé sans responsabilité identifiable est la première ligne coupée dans un arbitrage budgétaire.
Les données de Digital.ai, dans la 18e édition du State of Agile Report publiée le 28 octobre 2025, montrent où le rôle survit. 29 % des répondants sont désormais comptables du lien entre le travail agile et les résultats business et 26 % influencent la planification produit et portefeuille. Les fonctions de pilotage qui tiennent sont celles qui remontent vers la décision. Celles qui se limitent à animer une cérémonie descendent vers la sortie.
Ce qu’une certification agile apporte quand même
Refuser une certification par principe est une erreur symétrique, et nous ne la conseillons à personne.
Elle donne un vocabulaire commun, ce qui compte sur un plateau où quinze personnes doivent parler de la même chose. Elle constitue un socle structuré pour qui n’a jamais pratiqué, et elle évite les erreurs de débutant sur la mécanique d’un backlog ou d’une revue. Et surtout, elle reste un critère éliminatoire dans certaines grilles d’appel d’offres et chez certains grands comptes, qui la demandent pour des raisons de conformité de dossier plus que de compétence. Ne pas l’avoir coûte des positionnements, y compris injustement. C’est un fait de marché, pas un avis.
Ce qu’elle ne fait pas, en revanche, c’est vous distinguer. Un titre partagé par des dizaines de milliers de personnes ne trie plus rien dans une pile de dossiers. Il place le curseur au niveau du minimum attendu, et l’écart se joue entièrement ailleurs. C’est pour cela que la bonne question n’est pas de savoir s’il faut la passer, mais ce qu’on met derrière une fois qu’on l’a.
Les cinq compétences qui se facturent
Voici ce que nous regardons, et ce qui manque le plus souvent sur un dossier de pilotage.
- Chiffrer. Savoir produire une estimation défendable, avec ses hypothèses écrites, et l’assumer trois mois plus tard.
- Contractualiser. Comprendre ce que change un forfait par rapport à une régie sur qui porte le risque, et savoir lire une clause de pénalité.
- Lire l’économie du projet. Consommé, reste à faire, coût par lot livré. Un pilote qui ne sait pas dire où passe l’argent ne pilote pas.
- Changer d’amplitude. Passer d’un lot réglementaire à paliers longs à un incrément court sur une interface non stabilisée, dans le même projet, sans changer de discours. C’est le sujet de cycle en V ou Agile.
- Dire non avec un chiffre. Refuser une date en montrant ce qu’elle coûte, plutôt qu’en invoquant une méthode.
Ces cinq points sont aussi la réponse à la question posée dans les rôles dans une équipe agile : un pilote qui les couvre n’a pas besoin qu’on lui adjoigne deux collègues.
Ce que nous regardons en entretien, et ce que nous payons
Nous demandons trois choses concrètes : un projet où vous avez changé de mode de conduite en cours de route et pourquoi, une date que vous avez refusée et ce que vous avez montré pour la refuser, un chiffre que vous avez défendu devant un comité. Les certifications figurent sur le dossier, elles ne sont pas un critère de sélection chez nous.
Notre rémunération ne se négocie pas au charisme, elle se calcule, et nous publions la mécanique. Une certification n’y ouvre aucune ligne : ce qui compte est ce que le profil permet de tenir en mission. L’honnêteté impose une limite : chez certains clients, l’absence de certification nous coûte un positionnement que nous aurions gagné autrement, et nous le disons au consultant concerné plutôt que de prétendre que le marché est plus raisonnable qu’il ne l’est.
Une certification ouvre une porte. Elle ne tient pas une réunion de crise à onze mois, quand il faut annoncer un décalage et proposer une sortie chiffrée dans la même phrase.
Julien Rondel-Caulier, Directeur Associé
Si cette façon de travailler vous parle, nos postes ouverts sont ici.
Questions fréquentes
Une certification agile est-elle utile en 2026 ?
Elle reste utile comme filtre d’entrée, parce que certains acheteurs et certaines grilles d’appel d’offres l’exigent, et comme socle de vocabulaire pour qui débute. Elle ne suffit plus comme métier. Selon l’Apec, les offres de chef de projet informatique ont reculé de 23 % en 2025 et les recrutements de cadres de moins de six ans d’expérience ne progresseront que de 1 % en 2026 : le marché privilégie les profils immédiatement opérationnels sur une chaîne complète.
Faut-il une certification pour devenir chef de projet informatique ?
Non, aucune certification n’est obligatoire. Elle peut être exigée par un client donné dans le cadre d’un référencement ou d’un appel d’offres, ce qui en fait une contrainte commerciale plutôt qu’une condition d’exercice. Les compétences réellement discriminantes sont le chiffrage, la lecture d’un contrat, le suivi économique du projet, la capacité à adapter le mode de conduite au contexte et la capacité à refuser une échéance en la chiffrant.
Quelles compétences valorisent un profil de pilotage en 2026 ?
Celles qui remontent vers la décision. Le State of Agile Report 2025 de Digital.ai relève que 29 % des professionnels concernés sont désormais comptables du lien entre le travail de livraison et les résultats business, et 26 % influencent la planification produit et portefeuille. Un profil qui sait relier une décision de périmètre à son effet sur le budget et sur le résultat métier se facture. Un profil qui anime des cérémonies sans porter cette responsabilité est exposé au premier arbitrage budgétaire.
Sources
- Apec, Prévisions de recrutements de cadres 2026, 2 avril 2026 (294 500 recrutements en 2025, ‑3 % sur un an et ‑11 % sur deux ans, informatique à ‑21 % par rapport à 2023, cadres de moins de six ans d’expérience à ‑5 % en 2025 et ‑13 % depuis 2023 avec +1 % prévu en 2026, 305 800 recrutements prévus en 2026 soit +4 %).
- Apec, Les métiers cadres porteurs, édition 2026, février 2026 (5 270 offres de chef de projet informatique en 2025, ‑23 % sur un an, 1 920 offres de data engineer, +10 %).
- Digital.ai, 18th State of Agile Report, 28 octobre 2025 (près de 350 répondants, 29 % comptables du lien entre le travail agile et les résultats business, 26 % influençant la planification produit et portefeuille, 74 % de modèles hybrides ou construits en interne).
- Sébastien Bourguignon, Agilité et product management en 2026 : neuf tendances qui redessinent le jeu, Journal du Net, 18 février 2026 (crise d’incarnation des rôles, multiplication des intitulés sans clarté des responsabilités, framework qui n’est plus la réponse).